Dossier : Les coproduits du soja, leur valorisation et leurs débouchés

Les coproduits du soja : valorisation et débouchés

Les coproduits du soja, comme les tourteaux, peuvent être valorisés autrement qu’en alimentation animale. Ce qui offre de nouveaux débouchés aux agricultrices et agriculteurs, ainsi qu’aux entreprises innovantes.


Les coproduits du soja : valorisation et débouchés est le quatrième volet de notre enquête sur le soja.

Durée de lecture : 5 min
Difficulté : accessible

SOMMAIRE
Introduction
Le tourteau, un déchet ?
Lequel de l’huile ou du tourteau rapporte le plus ?
Dans le soja, tout est consommable
Conclusion
L’essentiel à retenir
Bibliographie
Pour aller plus loin
Article à télécharger au format PDF
Visuels pour partager l’article
Le dossier complet sur le soja

Le tourteau, un déchet ?

Un cliché qui a la vie dure… Pourtant le tourteau de soja n’est absolument pas un déchet. Il représente près de 80 % du poids de la graine (après en avoir extrait l’huile[1]). Il est riche en protéines de qualité, elles-mêmes riches en acides aminés essentiels et en particulier en lysine* indispensable à la bonne santé des animaux — humains et non humains — et à leur bon équilibre en acides aminés.

(*) La lysine est un des neuf acides aminés essentiels pour l’homme.[2]

Définitions des résidus selon l’ADEME

L’ADEME distingue 3 catégories de résidus dans la filière agroalimentaire[3] :

  • Le déchet correspond à un résidu de la fabrication. Il ne peut pas être utilisé en alimentation animale, car il ne répond pas à la réglementation. Cependant, après traitement, il peut devenir un sous-produit utilisable en alimentation animale.
  • De son côté, le sous-produit est un résidu produit au cours de la fabrication ou de la distribution (produits non conformes ou abîmés, surplus, …). Il n’est pas intentionnel : sa génération est accidentelle. Il peut être utilisé directement comme un ingrédient en vue de la fabrication d’un autre produit fini, ou être utilisé en alimentation animale. 
  • Enfin, le coproduit est une matière intentionnelle et inévitable, créée au cours de la fabrication, en même temps que le produit principal. Il répond à des caractéristiques spécifiques et peut être utilisé directement. Il présente un certain potentiel économique.

Les différentes voies de valorisation des coproduits

D’après l’enquête nationale Gisements et valorisation des coproduits des industries agroalimentaires réalisée par RESEDA auprès d’industriels[4], les coproduits de la filière alimentaire peuvent être valorisés et rentables.

Source : Gisements de valorisation des coproduits de l’industrie agroalimentaire, RESEDA, 2018.

Les principales grandes voies de valorisation des coproduits de l’industrie agroalimentaire, dont la première est de loin la plus intéressante du point de vue économique :

  • La production de matières premières destinée à différentes industries (biocarburant, cosmétique, pharmaceutique, …) ;
  • L’alimentation animale représente la principale voie de valorisation des coproduits (12,6 millions de tonnes). Ces derniers peuvent être utilisés en l’état ou après transformation pour nourrir les animaux d’élevage ou de compagnie.
  • La filière agronomique (engrais et amendements organiques, compostage et épandage) ;
  • La production d’énergie (méthanisation, incinération et combustion).

Lequel de l’huile ou du tourteau rapporte le plus ?

Il est tout d’abord important de rappeler que 1 000 tonnes de graines permettent d’obtenir 800 tonnes de tourteaux et 200 tonnes d’huile. Les ordres de grandeur sont d’environ 800 €/t pour huile[5] et 350 €/t pour le tourteau de soja[6], ce qui fait du tourteau le moteur économique de la production.

Mais le pilotage des usines de trituration dépend de la stratégie des opérateurs et des marchés ciblés, et non de la valeur monétaire du soja.

Dans le soja, tout est consommable

Si on cultivait le soja uniquement pour l’alimentation humaine, il en résulterait très peu de déchets non consommables par l’humain.

D’ailleurs, l’industrie agroalimentaire commence à s’y intéresser. Par exemple, l’okara[7], pulpe résultant de la fabrication de boissons végétales à base de graines de soja, est proposée comme aide culinaire riche en protéines et en fibres.

Malheureusement, en France, il n’existe pas beaucoup d’autres initiatives de valorisation alimentaire des tourteaux et autres sous-produits du soja. Pourtant elles sont possibles (obtention de fractions protéiques) mais très peu pratiquées à ce jour. De plus, les besoins pour l’industrie agroalimentaire sont très faibles par rapport à ceux de l’alimentation animale.

En revanche, comme d’autres sources végétales, le soja peut constituer une matière première utile à l’industrie des biomatériaux et la chimie du végétal, encore peu développées France.

Que faire des tourteaux ?

La demande mondiale en produits bio-sourcés en pleine expansion engendre un intérêt croissant pour la recherche de nouvelles ressources de matières premières. Pour générer une valeur économique accrue dans les filières oléo-protéagineuses, les tourteaux, co-produits de l’extraction de l’huile, présentent des qualités pouvant être exploitées dans des secteurs diversifiés. Ces tourteaux sont principalement commercialisés en alimentation animale, mais restent peu utilisés dans le secteur de la chimie.

Depuis une vingtaine d’années, l’intérêt de la recherche d’alternatives bio-sourcées aux produits d’origine fossile n’a de cesse de croître pour faire face à la pression réglementaire dans les secteurs des panneaux de bois composite et des mousses polyuréthane.

Avec les tourteaux de soja, il est possible de fabriquer :

  • Des adhésifs et des liants pour les panneaux de bois composite ;
  • Des mousses polyuréthanes pour les produits d’emballage.
Segments de marché des brevets

Le marché potentiel pour des dérivés de tourteaux d’oléo-protéagineux apportant ces performances est estimé en Europe et Amérique du Nord à environ 500 à 700 kt pour les résines adhésives[8] dans les panneaux de bois composite et à environ 10 à 20 kt d’additifs pour le marché des mousses polyuréthanes.

Compost, épandage et fertilisation

Les tourteaux peuvent être valorisés en amendement organique des sols agricoles.

Textile : fibre de soja

La fibre de soja[9] est fabriquée à partir de protéine de graine de soja. Elle est antibactérienne et thermorégulatrice.

Sa grande douceur, son aspect brillant et soyeux et ses vertus en fait un tissu souvent employé dans la fabrication de produits de literie haut de gamme, comme le « Mollyflex » : D’aspect élégant, lumineux comme la soie, le soja est la seule fibre protéique botanique existant au monde. Il assure un plaisir palpable au toucher et une sensation de bien-être profond. Constituée d’acides aminés présentant une affinité exceptionnelle avec la peau du corps, elle offre un contact doux et caressant et une sensation extraordinaire de protection et de bien-être, comme une deuxième peau.

Protéines texturées

Après trituration des graines, les tourteaux peuvent être valorisés en protéines texturées à destination de l’alimentation humaine.

Conclusion

Le choix de telle ou telle voie de valorisation dépend de nombreux paramètres :

  • la nature et la qualité ou coproduit ;
  • les quantités générées ;
  • les contraintes sanitaires et réglementaires ;
  • les contraintes techniques ;
  • la négociation commerciale.

L’essentiel à retenir

  • Le tourteau de soja n’est pas un déchet ;
  • Le tourteau de soja rapporte plus que l’huile de soja : 1 000 tonnes de graines de soja permettent d’obtenir 800 tonnes de tourteaux (350 €/t) et 200 tonnes d’huile (800 €/t) ;
  • La culture du soja est durable ;
  • Les valorisations des coproduits : alimentation humaine, fertilisation, énergie, carburant, biomatériaux, cosmétique, pharmaceutique, etc.

Bibliographie

1. Teneur moyenne en huile des principales graines oléagineuses — Researchgate

2. Lysine, acide aminé essentiel — Wikipédia

3. ADEME

4. Gisements et valorisation des coproduits des industries agroalimentaires — RESADA (Réseau pour la sécurité et la qualité sanitaire des denrées animales), Idele, 2017

5. Huile de soja Prix Mensuel – Dollars américains par tonne métrique — Index Mundi

6. Tourteau de soja Prix Mensuel – Dollars américains par tonne métrique — Index Mundi

7. Okara, aide culinaire, de Soy ou de Céréal.

8. Etat de l’art colles vertes et liants biosources Codifab, 2014

9. Matériaux innovants : matières à sens et à sensations — Up Magazine

Aller plus loin

Option végétarienne dans les cantines : la réalité du terrain. Enquête enquête exclusive de l’Association végétarienne de France et de Greenpeace France, février 2021.

Séquence de 20 repas successifs proposée par le groupe de travail « nutrition » du CNRC dans le cadre d’EgAlim. Conseil National de la Restauration Collective, juillet 2020.

« Les Français et les aliments au soja », résultats du 3ème baromètre 2019-2020. Infographie Sojaxa. 

Soja français certifié : Objectif 250 000 hectares en 2025. Terres Univia.

Les aliments au soja : consommation en France, qualités nutritionnelles et données scientifiques récentes sur la santé. Researchgate, 2020. 

Charte Soja de France. Terres Univia, 2018.

Article à télécharger au format PDF

Crédits

Photo de couverture : Image par bigfatcat de Pixabay.

Visuels pour partager l’article


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s